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Aïcha Zaïmi Sakhri

Aïcha Sakhri est la DG de Dalia medias. Elle a une longue et très riche expérience dans les medias depuis la fondation de femmes du Maroc et aujourd’hui, d’Illi. Entre autres. Fervente activiste des droits humains, elle ne supporte pas l’injustice, se bat pour la méritocratie et défend avec ses ongles, l’égalité universelle entre les hommes et les femmes. Solaire, elle aime le Beau, l’intelligence, les rires et, comme toutes les personnes entières, a une énergie assez phénoménale. Là, elle vient de découvrir, dans sa vie, le footing et risque fort d’atteindre Neptune avant la Nasa. Très proche de ses fils, de son grand amoureux et de ses sœurs, son sens de la famille est une histoire d’équipe très unifiée où l’individualisme de chacun(e) est respecté. Un peu comme sa façon de manager ses équipes. Elle démarre toujours doucement tendance diesel et, sans prévenir, devient un char d’assaut que rien ne peut arrêter jusqu’à l’objectif final. Petits joueurs/ses s’abstenir.

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L’actualité est devenue anxiogène ! Les attentats sont hélas aujourd’hui presque monnaie courante… et l’insécurité gagne du terrain ! Mon propos n’est pas de revenir sur les causes. Ni de parler d’une nécessaire réforme dans le bon sens de l’islam, dont les terroristes puisent leurs inspirations macabres.

11 avril 2016

Cette insécurité ne doit pas nous empêcher de vivre, de croire et d’espérer ! Mais elle doit nous inciter à nous poser les bonnes questions. La foi et la pratique religieuse doivent se pratiquer dans l’intimité et ne pas s’imposer. Les lois doivent être neutres et protéger les citoyens, hommes, femmes, quelles que soient leurs croyances, pratiques religieuses ou orientation sexuelle. Cela s’appelle la liberté de conscience. Mais nous en sommes loin, très loin… Nous, femmes marocaines, vivons depuis toujours dans l’insécurité matérielle et affective ! Certes, le nouveau Code de la famille a apporté un certain nombre d’améliorations à notre statut juridique. Avoir obtenu l’égalité des droits, la suppression du tutorat, la coresponsabilité parentale, le principe de séparation des biens et l’abrogation du principe d’obéissance de l’épouse, c’est bien. C’est même très bien. Seulement voilà, ces nouvelles dispositions concernent non pas la femme en tant qu’individu mais l’épouse. Le mariage reste un passage incontournable pour avoir des droits. Et c’est pourquoi se marier à tout prix demeure encore l’objectif numéro un de toute femme marocaine !

Le droit au divorce, acquis si chèrement, existe mais il illustre parfaitement l’inégalité faite aux femmes pour ce qu’elles sont : des femmes. Car si elles obtiennent plus facilement le divorce pour faute ou même incompatibilité, elles en payent ensuite le prix fort. La femme ne peut envisager de refaire sa vie sans risquer de perdre la garde de ses enfants âgés de plus de 7 ans, sauf dans des cas spécifiés par la loi. L’homme, lui, peut se remarier sans conditions. La pension alimentaire obtenue par l’ex-épouse se révèle souvent insuffisante pour maintenir le niveau de vie auquel les enfants, victimes de la séparation, étaient habitués. La mère divorcée est considérée comme la gardienne (« el hadana ») et non comme un parent responsable. Ce travail invisible n’est pas pris en considération et encore moins rémunéré. De plus, la femme étant considérée comme « gardienne » des enfants, l’ex-mari conserve « un droit sur la moralité » de son ex-épouse : très vite, elle travaille « trop », voyage « souvent » rentre « tard », reçoit des amis « chez elle ». De nombreux ex utilisent le prétexte des enfants pour empiéter sur la vie de leur ex-femme et brandissent régulièrement la menace du non-paiement de la pension alimentaire et du retrait de la garde des enfants.

Le nouveau Code de la famille n’a pas non plus supprimé la polygamie. Il l’a assortie de conditions censées faire de la monogamie la règle. Un homme qui souhaite prendre une seconde épouse (et il en existe bien sûr !) doit obtenir l’autorisation du juge, qui lui, doit obligatoirement informer la première épouse par tous les moyens. Et s’assurer que cet homme friand de mariage remplit bien les conditions matérielles pour assurer un traitement équitable entre les deux foyers. Qu’est ce qui a alors changé par rapport à l’ancienne Moudawana ? La possibilité de divorcer pour la femme si elle n’est pas d’accord. Récapitulons : pour se remarier, le mari n’a pas besoin de demander l’autorisation à sa femme, il doit la demander au juge. L’épouse est donc aujourd’hui informée par voie judiciaire. Voilà le progrès ! Pire encore, le juge se contente le plus souvent de proposer l’option du divorce à la première épouse et en prend même l’initiative (divorce chiqaq). La femme n’a pas d’autre choix que de divorcer ou… d’accepter. Ces inégalités que subissent les femmes encore aujourd’hui sont le fait d’une interprétation littérale de la religion qui, rappelons-le, est toujours utilisée lorsqu’il s’agit de la condition et des droits des femmes. La bonne nouvelle, c’est que le Code de la famille promulgué en 2004, est perfectible et réformable. Les parlementaires devraient proposer d’amender deux points importants allant dans le sens de l’égalité et de la justice :

1. S’agissant du divorce, la pension alimentaire doit être accordée à la femme en tant qu’épouse et pas seulement en tant que mère. Le mari qui souhaite divorcer pour prendre une autre femme ou pour d’autres raisons doit assumer les conséquences financières de son choix. C’est normal et l’inverse aussi devrait être inscrit dans la loi. En tant que conjoints égaux, chacun doit assumer son choix sans porter préjudice à l’autre.

2. Abolir tout simplement la polygamie. C’est une pratique d’un autre âge qui revient à la mode et qui constitue tout simplement une épée de Damoclès au-dessus de la tête de chaque femme. C’est une pratique qui n’a pas lieu d’être dans un pays qui se veut tourné vers la modernité. C’est franchement déplaisant et humiliant d’avoir sur un livret d’état civil 4 cases, une pour chaque épouse ! L’inverse ne le serait-il pas ?

Et puis, surtout, pourquoi ne pas proposer le principe d’un mariage civil qui permettrait aux deux conjoints d’avoir les mêmes droits durant le mariage et en cas de divorce ? Ce qui n’enlèverait rien à celles et ceux qui veulent se marier religieusement ! Et qui permettrait surtout de reconnaître les minorités en tant qu’individus et citoyens à part entière et qui font la richesse d’un pays pluriel, humain respectueux des droits, des libertés et des différences : ce Maroc qu’on rêve !

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