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Soumaya Naâmane Guessous

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Dans nos sociétés où toute femme est considérée comme opportunité sexuelle, la drague est une seconde nature chez les hommes, mais depuis 5 à 6 ans, les rôles se sont inversés…

25 avril 2016

Activité indispensable à l’entretien et à l’exhibition de la virilité, la drague est une seconde nature chez l’homme qui apprend, très jeune, à se valoriser par son pouvoir sur les femmes. Ras edderbe est une école qui façonne les comportements du garçon. Il y apprend à draguer pour s’entraîner, s’amuser, embêter les filles, exhiber sa force, construire sa masculinité. La drague vire au harcèlement qui crée un profond malaise chez les femmes.

Mais depuis 5 à 6 ans, les hommes me disent, avec colère, rancoeur ou éclat de rire : « Les rôles se sont inversés. Ce sont les femmes qui draguent les hommes. » Surprenant ! Comment des femmes censées être à la disposition des hommes deviennent-elles elles-mêmes entreprenantes ? Une métamorphose chez ces femmes dont les mères et les grand-mères marchaient les yeux rivés au sol, évitant le regard des hommes !

Je drague, donc j’existe !

Ayant acquis une confiance en elles, les jeunes filles se lancent des défis et défient les hommes, comme Leila, 19 ans, lycéenne : « Je provoque les hommes pour me prouver que j’en suis capable. » Ou pour se venger, comme Rim, lycéenne de 16 ans : « On les harcèle pour qu’ils ressentent ce qu’ils nous font endurer. » Compliments, invitations à communiquer, insultes, moqueries, obscénités…Les jeunes filles se sont emparées des mêmes méthodes masculines : « Qui t’a enfanté, beauté ? » « Fouirma akhouya ! (Quel corps) » « Tourqui oula maghribi! (référence aux artistes turcs) » « Où est ta mère, je demande ta main ? », « Tu veux m’épouser, mon frère ? », « On prend un café ? » « Epouse-moi, je te laverai les pieds ! », « Tu es l’abeille et moi le miel. » « Quand je vois un bel homme, et que je suis avec mes amies, je peux lui dire : « "Allah ya3thi li sahbi moussiba" (Dieu détruise mon mec) », nous confie Nadia
Face à des jeunes hommes à l’aspect islamiste, le langage diffère : « Dieu m’accorde un pèlerinage à la Mecque avec toi. », « Dieu me fasse faire la prière de l’aube avec toi. »
Une jeune fille seule ne provoque pas un homme. Elle lui sourit, le regarde dans les yeux et utilise un langage respectueux.
En bande, les filles sont redoutables, pour s’amuser, provoquer ou faire connaissance. L’imagination est féconde : « Je ne suis pas un objet à la disposition des hommes. J’ai le droit de choisir ! On fait comme font les hommes avec nous. On les persécute, on peut même les toucher. » Walid est exaspéré : « J’ai peur des filles en bande, une fille m’a dit en désignant ma braguette : " C’est à toi ou c’est un tuyau ?" ». Elles étaient trop nombreuses pour que je les tabasse ! » « Je suis blond. Des filles m’ont dit : "Akhouya, le bas est blond comme le haut ?" » Les hommes redoutent les moqueries et insultes : « En bande, elles te ridiculisent devant les gens, se moquent de tes habits, ta coiffure, ton corps… J’insulte mais ça ne calme pas ma rage. » Quand les filles veulent faire enrager un homme, elles peuvent lui dire : « T'es un homme ou une femme ? » Elles en ont aussi pour les hommes à l’aspect islamiste : « Je suis furieux. Des filles me demandent si je compte me faire exploser dans un café. » Un autre : « Des filles m’ont dit : "Akhouya, tu t’es sauvé de Daech ?" » Moins provoquant : « Hay hay ! Zine ou dine ou discipline (beauté, religion et discipline). » Mais gare aux hommes qui ripostent violemment : « Une salope m’a dit : "Akhouya, tout est long chez toi ou juste la langue ?" »

Où et comment s’exerce la drague au féminin ?

Les filles draguent partout. Dans la rue, les salles de jeux, les cybers, les salles de sport, les établissements scolaires, les centres commerciaux, les cafés, les restaurants, les boites de nuit, les plages et les piscines. Il y a les adeptes des méthodes directes, sans préliminaires comme Fadoua : « Chan tan. Je vais vers lui et je lui dis qu’il me plaît. Un jour, je mangeais au restaurant et j’ai invité un bel homme qui attendait son repas : "viens grignoter si tu as faim". »
« Si je rencontre un homme dans un lieu par hasard, je suis entreprenante car je ne le verrai plus. Je lui dis : "Si tu n’es pas marié, voici mon numéro de téléphone". » « En voiture, dans les feux rouges, je lui donne mon numéro de téléphone ou je lui demande le sien. » « Je passe devant lui et lui dit "c’est quoi ton parfum ?" » Les femmes peuvent aussi user de ruses. « Il passait à côté de moi et je lui ai donné 20 DH et mon numéro de téléphone en lui demandant de payer ma recharge au bureau de tabac sur sa route. Il m’a rappelée ! » « Je lui suis rentrée dedans et je l’ai invité à prendre un café pour m’excuser, comme dans un film. » Les réseaux sociaux sont des alliés sûrs dans cette drague : « Si j’ai son numéro de téléphone, je le contacte sur watsApp. Si j’ai son nom, je vais sur Facebook. » Certaines composent des
numéros de téléphone au hasard. Si elles tombent sur des hommes, elles font semblant de s’être trompées et engagent la discussion qui peut mener à un rendez-vous. Et il y a celles qui se croient futées : sur une chaîne de radio privée, une fille a fait une déclaration, par téléphone, à son collègue. Elle lui a dit qu’elle l’aimait et qu’elle avait honte de le lui dire. Contacté par téléphone par l’animateur, le collègue était traumatisé : « Tu as honte de me le dire en face et tu oses le faire face à des milliers d’auditeurs ? » Celle-ci n’a pas atteint son objectif.

Qu’en pensent les hommes ?

Il y a ceux qui profitent de la situation par l'intermédiaire du serveur. « Une fille a réglé ma consommation au café et m’a envoyé son numéro de téléphone avec le serveur. Je n’allais pas refuser la poule avec son cumin que Dieu m’a offert. » « Elle a envoyé une amie me proposer de sortir avec elle. Une proie facile. »
Et ceux qui sont scandalisés : « C’est la fin du monde. Les filles deviennent éhontées, ne respectent plus la religion ! Les hommes c’est différent, Dieu nous a créés ainsi. » Si nous parlons du même Dieu, il nous a créés identiques. C’est la culture qui inculque la différence. D’autres, flattés, en profitent : « Pour draguer, que d’énergie et d’argent dépensés. Si je suis dragué, je suis gagnant. » Mais attention aux confusions : « J’ai proposé à un homme de prendre un café. Il m’a dit : "C’est combien ?" J’étais blessée. »
Attention aux conséquences qui peuvent parfois être fâcheuses. « Le voisin de mon amie me plaisait. J’ai su sa date d’anniversaire par Facebook. J’ai sonné chez lui. Sa mère m’a invitée à entrer. J’ai laissé un cadeau avec mon numéro de téléphone. Nous sommes sortis ensemble et il voulait m’épouser. Mais sa mère s’y est opposée. Pour elle, j’étais une prostituée. » D'autres fois, l’audace est payante : « Dans un restaurant, une femme m’a envoyé un mot avec le serveur. "Tu me plais, si tu es célibataire, je t’épouse". Un an après, nous étions mariés. » Dans de rares cas, la drague peut se faire de façon orthodoxe : « J’étais amoureuse de lui. Mon père a été informé par ma mère. Il a donné ma photo à l’imam de la mosquée pour qu’il propose au père de mon amoureux de m’épouser. Nous nous sommes mariés. Mon mari a apprécié ma démarche, car le Prophète a été demandé en mariage par son épouse Khadija. » Quand un homme est dragué par une fille qui l’intéresse, il apprécie. Sinon, il est gêné. Quand la drague est agressive, il se sent harcelé. Maintenant que les filles se mettent à la drague, les hommes n’ont qu’à bien se tenir. Faïçal conclut : « Si ça continue, il faudrait une loi pour pénaliser la drague féminine ! »

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