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Depuis combien de temps n’ai-je pas mis les pieds à Izzourane, mon douar à Imintanout ? Je ne peux vous le dire exactement ! Pourtant c’est là où je suis né, où j'ai ai passé mon enfance et mon adolescence. Ce n’est pas clair dans mon esprit. Quand je raconte mes souvenirs, on me dit que c’était à l’époque du protectorat français. 

8 janvier 2016

En fait, je crois que je n’ai pas revu mon bled depuis plus de 60 ans.

Il y a un an, j'ai exprimé à mon fils le désir de visiter Izzourane. Pourquoi ce souhait après tant d’années de coupure quasiment totale ? Je ne peux le dire. Tout ce que je sais, c’est que la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Il n'est guère possible de s’offrir le luxe de faire des arrêts ou des retours en arrière. L'année suivante, me voilà à Imintanout, ne sachant, ni comment faire face au déluge de sentiments contradictoires qui m'assaillent, ni à quoi m’attendre.

J’use mes sens à chercher désespérément quelques traces, mêmes infimes, qui puissent réveiller les souvenirs depuis si longtemps enfouis dans ma mémoire. Mais rien ne vient ! Je croyais qu’une maison, une ruine, un paysage, une voix ou même une odeur me permettraient de retrouver les sensations du passé.

Dans ma confusion, je me tourne vers mes compagnons de voyage pour leur dire « Etes-vous certain que nous sommes à Imintanout ? ». Je ne reconnais rien, ni les montagnes, ni la vallée, ni le village. Dans mon désespoir, et avec précipitation, je me dirige vers le premier vieil homme que je croise. Je lui pose en vrac toutes les questions accumulées durant les années d’éloignement de mon bled. Je n’ai comme réponse qu’un regard interrogateur et un sourire d’incompréhension.

Le doute commence à m’envahir mais, enfin, une lueur d’espoir apparaît. L’homme providentiel est arrivé. Il connaît le lieu, les hommes et leur histoire. Et c’est autour d’un verre de thé à la menthe que je lui pose mes questions et que j’évoque des noms depuis longtemps tus. Je n’ai pour réponses que : « Décédé », ou : « On ne sait pas ce qu’il est devenu après son départ ». Tout à coup, un sourire se dessine sur son visage. Un ami d’enfance est toujours vivant et réside à Izzourane.

Nous le retrouvons chez lui. Après tant d’années, nous nous sommes reconnus au premier coup d'œil. Le temps est presque sans emprise sur les amitiés d’enfance. Nous nous jetons dans les bras l'un de l’autre. Nous nous séparons pour échanger un regard, pour encore nous serrer. Les mots viennent aisément : nos cœurs et nos esprits sont restés liés.

Il me prend par la main et me conduit à travers les ruelles cabossées d’Izzourane. Il s’arrête devant un terrain vague isolé entre des maisons. Je comprends rapidement que je suis sur le lieu où s’élevait jadis la maison de ma grand-mère, celle qui m’a élevé. Il ne reste rien de la maison, pas même une ruine, juste des cailloux ici et là.

Mes compagnons s’éloignent, me laissant seul avec le souvenir des miens qui sont partis sans laisser aucune trace de leur passage. Je suis peut-être l’unique porteur de leur souvenir à être encore en vie.

Le bruit de ma présence se répand rapidement. Alors que nous nous apprêtons à déjeuner, un homme se présente à moi. Il me salue avec le respect qu’on réserve à une très vieille personne et me serre dans les bras en me disant : « Je suis heureux de rencontrer un ami de mon père, une personne qui l’a connu et côtoyé. Cela me procure une immense joie. Il me semble le retrouver alors qu'il est décédé il y a si longtemps. ».

Il ne me lâche plus. Je fais appel à ma mémoire pendant un long moment jusqu’à ce qu’il m’arrête : « Je crois que vous parlez de mon grand père et non de mon père. » et il s’adresse à mes compagnons : « Il est de la génération 1910 – 1915 ». Je me sépare de lui, vieux de quelques années de plus. Au départ d’Imintanout à la fin de la journée, notre guide me réserve une grande surprise me disant : « A cette heure, il prend toujours son thé à la menthe devant chez lui ».

Je suis un mordu d’Ahwach. Petit, déjà je trouvais toujours un moyen pour assister aux mariages où se produisaient ces groupes. Le Rais et ami d’enfance en faisait partie. Lui, il est resté à Izzourane mais a voyagé dans le monde entier et moi, je suis allé à Rabat pour ne quitter cette ville qu’en de rares occasions. Nos retrouvailles sont un moment de franche rigolade et de communion où les mots et les gestes du passé renaissent dans la joie.

Au moment de le quitter, il se tourne vers mon fils, et pointant le doigt sur lui : «  Voici ma maison, venez plus souvent. Vous y serez toujours le bienvenu. » L’Izzourane que j’ai connu n’existe plus. Je suis resté trop longtemps loin de mon pays. J'y suis devenu étranger. En revenant vers Rabat, Je me demande si j’ai bien fait, après tant d’année, d’y retourner.

Je me rends compte maintenant que mes racines ne demeurent plus que dans mes souvenirs et que la mémoire d’un homme probablement de plus de 80 ans peine à les garder intacts.

Propos recueillis par Ziri OUCHEN

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