FTOUR AUTOUR DU BEST-SELLER DE REDA DALIL

24 juin 2016 à 12 h 36 min par Khadija Alaoui

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Pour parler de son deuxième livre, Best-Seller, récemment paru aux éditions Le Fennec, illi a fait un petit tour de côte en compagnie de Réda Dalil avant de prendre le ftour. Confidences livresques entre un pain au chocolat et un jus d’orange !

Illi : Après le succès du Job, votre second roman Best-Seller semble promu à la même belle destinée. Quel est votre secret ?

Tout d’abord, je vous remercie de prédire à Best-Seller le même sort que celui de mon précédent ouvrage. C’est mon souhait le plus ardent. Mais je crains qu’il n’y ait pas de secret à la réussite d’un roman. Si cette formule existait et que j’en avais été, par je ne sais quel miracle, le dépositaire, je m’empresserais de lancer une maison d’édition pour exploiter le filon et faire fortune. Hélas, la réalité est autre et nul ne peut contrôler l’accueil d’un ouvrage. On s’enferme pendant un an pour écrire, on met sa peau sur la page comme disait Céline, en espérant que le fruit de notre labeur touche une corde sensible chez le lecteur. Mais rien n’est jamais acquis. Je ne sais plus qui disait qu’écrire, c’est comme raconter une blague et attendre une année pour en connaître l’effet. J’aime bien cette formule ! 

Vos héros cultivent à souhait un côté obscur, ils se complaisent dans le malheur et l’amertume. C’est la réalité de la littérature au Maroc ?

J’ai une appétence très particulière pour les personnages sombres, fatigués, éreintés, courbés par la vie, ses difficultés, ses caprices, son cynisme. C’est vers les pauvres hères dépassés par les événements que tend naturellement ma composition. Je ne trouve aucun intérêt aux héros sans peur et sans reproche, dépourvus de complexité psychologique, solide  et inébranlable mentalement. Ce type de personnage est introuvable dans le réel. Or, je cultive volontiers une littérature post-naturaliste qui s’attache à décrire un vécu, des situations plausibles, ancrées dans la vie de tous les jours. La perfection doublée d’une joie de vivre à la limite de la niaiserie ne m’inspire guère, car je la pense illusoire, pas crédible, évanescente. Globalement, mon moteur à moi, c’est l’imperfection, le grain de sable dans la machine, l’événement inattendue qui bouleverse une vie. À partir de là, mes personnages essaient de retrouver un équilibre.

Avez-vous connu le syndrome de la page blanche auquel a été confronté le héros de votre roman ? Avez-vous des astuces pour le dépasser ?

La thématique centrale de Best-seller, à savoir le syndrome de la page blanche, est inspirée de mon vécu. J’ai moi-même, après la parution de mon premier roman, Le Job, été victime d’un blocage aussi total qu’inexplicable. Il me semblait que tout ce que j’écrivais était d’une médiocrité crasse. Chaque mot, chaque phrase étaient gommés, réécrits, limés, polis, à un degré qui devenait insoutenable. Aucun souffle, aucune joie ne se dégageait de mes écrits de cette époque, juste un ressassement infini de sujets lugubres et déprimants. J’impute cette situation assez insolite au plafond d’attente que j’avais créé avec le succès de mon premier ouvrage. Il me fallait absolument revenir avec un travail d’une qualité au moins égale. Cette exigence a tari mon verbe. J’ai donc décidé d’en faire un livre. C’est ainsi que j’ai fait du personnage central de Best-Seller, Bachir Bachir, une sorte de double romanesque soumis aux mêmes contraintes d’écriture que moi. Très vite, en objectivant mon trouble de la sorte, j’ai réussi à lever le blocage. Mais ce ne fut pas de tout repos

Pensez-vous pouvoir un jour vivre exclusivement de votre plume ?

À l’exception d’unE petite minorité, les Marocains ne lisent pas, c’est un fait incontournable. Hélas, cette minorité de lecteurs ne peut à elle seule dynamiser toute une filière qui, en raison de l’étroitesse du marché, est condamnée à l’amateurisme. Or, le mythe de l’écriture et de l’écrivain charrie des contrevérités patentes. On pense à tort qu’à partir de l’instant où le livre est en libraire, ou un acte d’achat est possible, qu’un écrivain gagne de l’argent. Je ne compte plus les fois où, confronté à cette réalité – un livre se vend en moyenne à 200 exemplaires dont l’auteur touche 10 % du prix de vente – les mines de mes amis s’assombrissent. Pour l’écrivain, en réalité, l’écriture ne peut être qu’un hobby. Et c’est bien dommage car la scène compte quelques écrivains de talent, lesquels, faute de temps, n’iront jamais au bout de leur potentiel. Pour se déployer, le talent nécessite du temps, du travail et un environnement stable. Comment concilier tout cela avec l’obligation de maintenir un job pour vivre ? Je vous assure qu’après avoir passé 10 heures au bureau, le soir, à la maison, il devient quasiment impossible d’arracher une phrase à peu près correcte à un cerveau meurtri. 

Mais comment les écrivains font-ils pour vivre ?

Les écrivains ayant intégré l’impossibilité de vivre de leur plume, la plupart s’arrange pour maintenir une activité professionnelle plus rémunératrice en parallèle. C’est là tout le problème du champ littéraire au Maroc. Pour s’épanouir, le talent a besoin de temps, de travail et oui, d’ennui. C’est Houellebecq qui disait qu’un écrivain doit s’ennuyer énormément afin qu’une idée survienne. Ce luxe est définitivement condamné au Maroc, où le potentiel de l’auteur demeure à jamais inassouvi pour cause de manque de temps. Harassé par un quotidien étriqué, le créatif est tronqué dans sa capacité à pousser le talent qu’il possède au bout de ses possibilités. Cela sans parler de l’absence quasi-totale de soutien à la création. Mais bon, trêve de pessimisme et goûtons au magnifique soleil que nous offre cette terrasse !

 

 

 

Khadija Alaoui

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