POLYGAMIE, HERITAGE, AVORTEMENT: 3 QUESTIONS A ABDESSAMAD DIALMY

2 janvier 2014 à 10 h 00 min par Géraldine Dulat

Quelle a été votre première réaction en écoutant les propos de M.Lachgar de l’USFP souhaitant abolir la polygamie et permettre l’égalité devant l’héritage entre les femmes et les hommes marocains?   Cela m’a rappelé l’USFP de 1975. A cette date, la section féminine USFP avait demandé que l’on révise le Code du Statut Personnel en … Continue reading POLYGAMIE, HERITAGE, AVORTEMENT: 3 QUESTIONS A ABDESSAMAD DIALMY

dialmyQuelle a été votre première réaction en écoutant les propos de M.Lachgar de l’USFP souhaitant abolir la polygamie et permettre l’égalité devant l’héritage entre les femmes et les hommes marocains?

 

Cela m’a rappelé l’USFP de 1975. A cette date, la section féminine USFP avait demandé que l’on révise le Code du Statut Personnel en dépassant la littéralité des textes islamiques afin d’obtenir des droits inédits, non initialement énoncés par la loi « divine ». Parmi ces droits inédits, l’appel à traiter la femme majeure comme l’homme majeur et à assurer l’égalité des époux dans tous les droits,  à  supprimer la tutelle matrimoniale, à interdire la polygamie, à transformer toute dissolution de mariage en divorce judiciaire.  Plus loin encore, le rapport idéologique de 1975 demande la suppression de l’entretien unilatéral, c’est à dire la fin de l’entretien de l’épouse par le mari et l’implication de l’épouse dans l’entretien du foyer (en considérant par exemple le travail domestique comme une activité économique). C’est la non implication de l’épouse dans l’entretien du foyer qui justifie l’inégalité des sexes dans l’héritage. Lachgar ne fait donc que reprendre les revendications initiales du parti et qui ont été formulées par des associations féminines proches de l’USFP dans les années 1990.

 

En tant qu’intellectuel, allez-vous officiellement soutenir l’USFP dans ce projet?

 

Bien sûr que je le soutiendrai. La question n’est même pas à poser. En fait, Lachgar ne fait qu’exprimer, au niveau politique, mes revendications d’intellectuel engagé, d’intellectuel spécifique, féministe, mes revendications issues des études de genre que je mène depuis le début des années 1970. Le bonheur de l’intellectuel est de voir ses utopies transformées en projet de société, en projet politique, c’est-à-dire réalisable. L’excommunication et les menaces de mort et les insultes sont le lot de tous ceux et celles qui osent remettre en cause les soi-disant invariants de l’islam. Je fais partie de ceux là depuis 1999, depuis mon voyage au Yémen, et depuis mon enquête sur l’identité masculine en 2000…

 

Quels seront les principaux obstacles à abattre pour réussir l’Egalité dans la société marocaine en 2014?

 

L’obstacle premier est celui de la constitution. Parmi les acquis de l’article 19,  l’idéal de la parité à atteindre par le biais de la création d’une autorité. L’égalité des sexes en matière de droits civils surtout est à souligner: elle signifie que tous les articles du code de la famille doivent garantir l’égalité de tous les droits entre les hommes et les femmes. Malheureusement, la constitution en tant que compromis et rapport de force, ne va pas jusqu’au bout: elle rappelle que l’égalité entre hommes et femmes doit se réaliser dans le respect « des constantes et des lois du Royaume ». Certaines constantes et certaines lois, non définies à souhait, sont donc au dessus de la constitution, voire anté-constitutionnelles. Par conséquent, on ne peut pas accuser l’inégalité dans l’héritage ou le droit à la polygynie d’être anticonstitutionnels. Tout au plus, on peut dire que la primauté devrait être donnée aux conventions dûment ratifiées par le Maroc, la CEDAW en l’occurrence. C’est là une procédure à laquelle personne ne fait recours. L’enjeu est donc de réformer l’article 19 de la constitution de façon que rien ne vienne entraver le principe de l’égalité totale des droits entre les sexes.

Changer la loi suprême est donc un pas nécessaire, capital. Mais à lui seul, il n’est pas suffisant. Il faut arriver à convaincre les musulmans que 1) les lois édictées par le Coran et la Sunna ne peuvent et ne doivent pas être appliquées en tout temps et en tout lieu, 2) la non application de ces lois n’amoindrit en rien la foi du musulman. Donner le double au frère, donner à l’homme le droit d’épouser plus d’une femme et interdire à la femme d’interrompre une grossesse sont aujourd’hui les indices d’une foi aveugle, injuste, sous développée et sous-développante.

 

Géraldine Dulat

GD, Red’chef d’Illionweb.ma, possède un œil laser bionique validé par une échographie durant sa période fœtale. Ce qui lui en fait trois, donc. Elle a trépigné sur place pour un site web généraliste féminin lors la période FDM après avoir bossé pour la réforme du Code de la Famille et de la Nationalité qu’il fallait désormais faire rayonner dans le monde intergalactique. Elle en parlait à Aïcha Sakhri, fort d’accord par ailleurs, durant mille et un jours. C’est grâce à Dalia medias qu’elles ont pu se lancer dans l’aventure en février 2011, avec la V1. Illionweb.ma défend une féminité universelle et mixte où les droits des femmes sont considérés des droits humains. Ce qui n’est pas encore le cas pour tout le monde, non, non, non.

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